5. NOS ANCIENNES FOUILLES ET PROSPECTIONS

Il est rappelé que toute reproduction de n’importe quelle partie de ce site Internet est interdite sans autorisation préalable de l’Association Archéologique Entremont.

PRÉAMBULE

L’équipe de recherche de l’Association Archéologique Entremont, uniquement composée de bénévoles amateurs, a commencé ses activités de fouilles en 1976 et les a arrêtées en 1988, faute de temps disponible pour celui qui la dirigeait, Jean-Louis Charrière, trop pris par ses obligations d’enseignant. Toutefois, après l’arrêt des fouilles sur le terrain, le travail a continué jusqu’en 1996 sous la forme de travaux de laboratoire (traitement et étude des objets recueillis pendant les fouilles). Puis l’équipe a été dissoute au printemps de 1996, quelques activités ponctuelles ayant cependant continué jusqu’en 1998. 
D’autre part, plusieurs membres de l’association avaient déjà participé, avant la création de l’équipe, à d’autres chantiers et à des prospections et ils continuèrent cette activité jusqu’à la dissolution de l’équipe. J.-L. Charrière lui-même participa en 2009 à un petit chantier sur l’oppidum d’Entremont dirigé par Marion Berranger et Patrice Arcelin.
Cette activité a donné lieu à la réalisation de très nombreuses photographies, dessins et plans.
Voici un compte rendu sommaire.

Les illustrations seront insérées ultérieurement. Leur nombre et leur choix sont actuellement très provisoires.

5.1. FOUILLE SUR L’OPPIDUM D’ENTREMONT

(dernière mise à jour de cette page : 22 mars 2020)

Pour une découverte générale de l’oppidum d’Entremont, voir page 4 de ce site. 

Bilan établi par Jean-Louis Charrière, responsable de la fouille.
Sauf mention contraire, les dessins, plans et photos sont de l’auteur.

SOMMAIRE
A. Présentation générale
B. Stratigraphie et chronologie 
C. Architecture 
D. Aménagements intérieurs
E. Le pressoir 
F. Autres éléments du mobilier
G. La céramique

A. PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Toutes les dates relatives aux vestiges sont antérieures à notre ère.

La fouille, accomplie à leurs moments de loisir par une équipe de bénévoles de l’Association Archéologique Entremont, commença en mai 1976 et s’acheva en juillet 1985, après une longue interruption d’octobre 1978 à avril 1985. 
L’autorisation officielle avait été accordée par la Direction Régionale des Antiquités Historiques (DRAH), organisme appelé aujourd’hui Service régional de l’Archéologie (SRA), à Jean-Louis Charrière, responsable du chantier, assisté de Suzanne Decoppet. Robert Ambard, responsable des fouilles d’Entremont depuis 1969, participa activement pendant les deux ou trois premiers jours, puis se contenta de venir surveiller de temps en temps. Les principaux autres participants furent Louis André, Patricia Barbero, Edmée Bodin, Renée Bourelly, Maurice Dalaudière, Roger Favarel, Suzanne Gallet, Joseph Gauberti, Mireille Lecat, Anne-Marie Lesaing, Marie-Louise Mesly-Rousset, F. Paillard, Eliane Peyrot, Jean Pillement, Suzanne Tamisier, Jean Thiriet, Suzanne Valentini et Nicole Van Puyvelde.

    L’objectif était la fouille de l’espace (ou “pièce”) 1 de l’îlot III, situé dans la « ville basse », près de l’angle ouest de l’oppidum.

(plan général de l’oppidum)

Cette pièce avait déjà fait l’objet d’un sondage par R. Ambard en 1957 sous la forme d’une tranchée qui avait mis au jour une grande pierre de pressoir (maie) qui était restée sur place (cf. la revue Gallia, tome XVI, 1958, p. 414, disponible en ligne : https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1958_num_16_2_2248).
Un plan du secteur fut publié ensuite dans le tome XVIII, 1960, Informations archéologiques, fig. 7, où la pièce porte par erreur le n°2. Disponible en ligne : https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1960_num_18_2_2307

(plan Gallia)

(photo avant le début de la fouille)

La fouille complète a confirmé qu’il s’agissait bien d’un atelier de pressurage. J’emploie le mot imprécis « atelier de pressurage » parce que la nature de la production (huile ou vin) reste à l’heure actuelle encore un peu incertaine comme je l’expliquerai.

En 1980, Gaëtan Congès, conservateur du Patrimoine à la DRAH, fouilla la pièce contiguë au sud-ouest (III, 2), qui s’avéra être la pièce de stockage de la production, contenant notamment de nombreux doliums (= jarres).

Phot.AAE.1932.jpg

Plan des deux salles de l’atelier de pressurage.

Il y a quelques années, tout ce secteur de l’oppidum a été remblayé par mesure de protection sur décision du SRA et les vestiges que nous avions dégagés sont désormais invisibles.

Publication

Les résultats de cette fouille ont été consignés dans plusieurs rapports successifs remis à la DRAH. Les données acquises concernant l’organisation de l’atelier et de son dépôt (pièces 1 et 2 de l’îlot III) ont été publiées dans : Brun J.-P., Charrière J.-L., Congès G., L’huilerie de l’îlot III et les pressoirs d’Entremont, article figurant le dossier « Entremont et les Salyens, Actes du colloque d’Aix-en-Provence, octobre 1996 » inclus dans la revue Documents d’Archéologie Méridionale, n°21, 1998, p. 44-57 (disponible en ligne : https://www.persee.fr/issue/dam_0184-1068_1998_num_21_1 ). Dans cet article, le pressoir est encore considéré comme un pressoir à huile alors que c’est très douteux aujourd’hui.

B. STRATIGRAPHIE ET CHRONOLOGIE

(coupe strati.)

Stratigraphie

La couche de surface (de 25 à 45 cm d’épaisseur) était très perturbée : la colline d’Entremont était en effet une terre agricole depuis de nombreux siècles et elle avait en outre été occupée par un camp militaire de 1943 à 1972.
— En dessous est apparue la couche de destruction antique (40 à 50 cm d’épaisseur) qui contenait l’essentiel du « mobilier », c’est-à-dire les objets antiques. Cette couche ne contenait aucun indice de l’existence éventuelle d’un étage. 
— En dessous encore se trouvait un remblai de terre et gravier constituant le sol antique de la pièce, ce remblai reposant sur le socle rocheux naturel. 

Nous n’avons remarqué aucune preuve d’un remaniement significatif des murs ou du sol qu’il faudrait situer après la construction originelle. 

Chronologie

Les indices archéologiques tirés de la fouille et ce que l’on sait par ailleurs de l’histoire d’Entremont permettent de dire que cet atelier fut construit lors de l’extension de l’oppidum, vers le milieu du 2e siècle, puis détruit et abandonné lors d’un assaut donné par une armée romaine. En effet, nous avons trouvé des traces d’incendie et un boulet de baliste en basalte encore en place sur le sol antique. Mais nous ne pouvons pas affirmer que cet assaut est celui de 123, dirigé par le proconsul Sextius. Ce pourrait être aussi un autre assaut éventuel en 90, lors de la répression d’une révolte salyenne par le Romain Gaius Caelius, épisode très mal connu, qui pourrait être la date de l’abandon définitif de l’oppidum d’Entremont.

(photo du boulet).

C. ARCHITECTURE

Les murs principaux    

La pièce a la forme d’un losange proche du carré, assez régulier, les côtés mesurant entre 5,5 m et 5,7 m. La surface est d’un peu plus de 31 m2, ce qui la situe parmi les plus grandes actuellement dégagées sur l’oppidum. C’est pourquoi il avait fallu un poteau central pour soutenir la toiture (les toitures d’Entremont étaient faites d’une couche d’argile en très faible pente, étendue sur un réseau de branchages soutenu par des poutres et des poutrelles). Nous avons retrouvé, enfouie à quelques centimètres sous le sol, la grosse pierre plate qui supportait ce poteau au centre de la pièce. 

Plan général des structures découvertes

(photo : base de poteau)

Phot.AAE.1933.jpg

Les trois murs principaux mesurent 55 à 70 cm d’épaisseur ; le mur sud-ouest, qui sépare l’atelier de son dépôt, est un peu plus léger (50 cm). Ces murs sont bâtis en pierres calcaires locales irrégulières, parfois assez grosses, liées simplement avec de la terre argileuse, et sont sans fondation. Ils étaient conservés sur une hauteur variant de 35 à 65 cm. Le mur sud-est présente une lacune sur près de 2 m près de l’angle est de la pièce ; nous en ignorons la cause ; l’emplacement de cette lacune tout près de la porte d’entrée semble incompatible avec l’hypothèse d’une autre porte ; nous pensons qu’il s’agit plutôt d’une destruction survenue après l’abandon du site, à une date inconnue, peut-être récente.

Les portes

Nous avons reconnu deux portes.
La plus grande, pratiquée dans le mur nord-est, contre l’angle est de la pièce, ouvre sur la rue. Elle mesure à peu près 2 mètres, ce qui en fait la plus grande des portes connues sur l’oppidum. Le seuil reposait sur une couche de petites pierres plates : il a disparu, ce qui nous fait penser qu’il était en bois. Il se trouvait ainsi à 45 cm environ au dessus du sol de la pièce, ce qui avait nécessité l’aménagement du rocher sous-jacent pour en faire une sorte de marche. Le sol de la pièce était donc un peu en contrebas du niveau de la rue, ceci étant dû à la pente générale du terrain.

(photo)

L’autre porte, au milieu du mur sud-ouest, faisait communiquer l’atelier avec son dépôt. Sa largeur est incertaine parce que les piédroits étaient détruits, 1,40 mètre au maximum.

Un aspect du plan d’urbanisme

On constate que l’ensemble du lot attribué au propriétaire de l’atelier, au moment de la construction de ce quartier de l’oppidum, avait la forme d’un rectangle d’environ 10 m sur 5 m, et que ce rectangle a été divisé ensuite pour former deux pièces à peu près carrées (l’atelier et son entrepôt). Les autres lots contigus au nord-ouest, de mêmes proportions, ont été partagés au contraire dans le sens de la longueur, pour créer deux espaces longs et étroits (voir ci-dessus figure xxx…). Il semble donc que l’autorité de la cité délimitait, dans ce secteur en tout cas, des lots exigeant la construction de murs mitoyens et que chaque attributaire structurait ensuite l’intérieur de ce lot à sa guise.

D. AMÉNAGEMENTS INTÉRIEURS

Nous avons dégagé, contre le mur sud-est et perpendiculaires à lui, deux petits murets parallèles, longs d’environ 1 m et épais de 30 à 40 cm. Ils délimitent des sortes de réduits. Celui qui se trouve dans l’angle sud contenait des débris d’un dolium.

(photo)

Près de la porte d’entrée, contre le mur sud-est, est apparue une cuvette que nous avons interprétée comme le lit d’un dolium disparu.

(photo)

Une autre cuvette en forme de L, contre le mur nord-est, reste énigmatique. Dans l’angle nord, posée sur un talus d’environ 15 cm de haut, se trouvait une belle dalle de pierre, de forme trapézoïdale mesurant de 18 à 20 cm d’épaisseur, 55 à 56 cm de largeur et pour sa longueur 1,12 m sur son plus grand côté, 0,84 m sur l’autre. De tels blocs n’ont pas été vraiment taillés, il suffisait d’abattre un morceau de la strate de calcaire dans la carrière où alternent les couches de calcaire et les couches de marne. L’utilité de cette dalle nous échappe : banc ? support, mais de quoi ?

(photo)

Au pied du jambage nord de la porte d’entrée se trouvaient les débris d’une plaque de foyer en argile, ornée de petits cercles imprimés en creux. Ce décor est connu sur beaucoup d’autres plaques de foyer d’Entremont et d’autres oppidums et semble avoir une fonction rituelle (apotropaïque, contre le mauvais sort ?). Le foyer des maisons salyennes est très souvent à côté de la porte d’entrée, pour l’évacuation de la fumée, pense-t-on. 

(photo)

À côté du foyer, un trou pourrait bien être le lit d’une pierre plantée là pour empêcher que la porte, en s’ouvrant vers l’intérieur, vienne jusque sur le foyer.
Tout à fait dans l’angle ouest se trouve un autre trou mesurant 33 cm de profondeur pour une section de 15 x 22 cm. Sa fonction est inconnue : avait-il un rôle dans le système du pressoir ? était-il simplement une cachette comme d’autres semblables trouvées sur l’oppidum ?

E. LE PRESSOIR

Pour quelle production ?

Depuis le début de ses fouilles à Entremont au lendemain de la deuxième guerre mondiale, Fernand Benoit avait  toujours pensé que les pressoirs assez nombreux qu’il avait découverts étaient des huileries.
Et en effet l’huile d’olive était très utilisée dans l’antiquité dans les régions méditerranéennes non seulement pour la cuisine, mais aussi pour l’éclairage, les soins de peau (y compris les parfums) et sûrement d’autres usages encore. Et les autres archéologues l’avaient suivi. 

Et puis, en 2015, des analyses furent demandées au laboratoire Nicolas Garnier à Vic-le-Comte (63) à qui on confia des morceaux de deux doliums trouvés dans notre atelier de pressurage et dans son dépôt pour qu’il détermine la substance qu’avaient contenue ces grands récipients d’après les traces infiltrées dans leur paroi. Et la surprise fut grande : ces doliums, en particulier le plus grand, d’une capacité d’environ 700 litres, n’avaient pas contenu de l’huile mais du vin. Cela laisse supposer qu’après un piétinement des grappes dans une cuve en bois pour en extraire le jus, le marc restant (rafle et peau des grains) était placé dans un sac, lequel était ensuite soumis au pressoir pour en extraire encore un peu de jus.

La question s’est alors posée de savoir si ce pressoir avait servi uniquement à la production de vin ou s’il avait pu servir aussi, par un emploi mixte, à la production d’huile d’olive. Certes ce double emploi fait faire la grimace mais après tout, nous ne sommes pas des Salyens ! Et de fait, lors de notre fouille, nous avions fait analyser par le laboratoire d’analyses médicales du Dr M. Andrac à Marseille un échantillon de la terre qui se trouvait au centre de la pièce, près de la jatte qui recevait le jus coulant de la maie, et qui avait une couleur plus sombre qu’ailleurs : cet échantillon contenait presque deux fois plus de lipides que les échantillons prélevés ailleurs dans la pièce : alors, huile d’olive ou de pépins de raisin ou autre corps gras ? Bref, d’autres analyses sur d’autres morceaux de dolium provenant d’autres ateliers de pressurage d’Entremont seraient nécessaires.

Le mécanisme 

Tout ce qui était en bois avait disparu. Au centre de la pièce se trouvait une cuvette profonde d’environ 35 cm par rapport au sol antique (photo). Elle servait de réceptacle à une grande jatte (disparue) recueillant le jus de pression qui s’écoulait de la dalle de pressurage (la maie) posée par terre à côté. 
Au bord de cette cuvette se trouvait un très gros bloc de pierre à peu près parallélépipédique, percé d’un trou en son centre pour le passage d’une corde ou d’une barre de manœuvre. C’est un contrepoids servant à augmenter la pression du levier de presse. Il est possible que le poteau central de la pièce ait joué un rôle (guide, support) dans le fonctionnement du levier. 

(photo)

La maie est en mollasse de couleur rosâtre dont on ne connaît pas la provenance exacte, mais il y a des couches géologiques de cette roche aux environs d’Aix. Elle mesurait à l’origine 144 cm de long sur 125 cm de large avec une épaisseur d’environ 15 cm ; mais elle avait été ébréchée dans l’antiquité et retaillée. Elle est creusée d’une rigole circulaire qui récupère le jus de pression et le dirige vers le bec verseur d’où ce jus tombe dans la jatte mentionnée ci-dessus. Elle était posée sur le sol, dans l’axe de la diagonale ouest-est de la pièce, entre l’angle ouest et le centre de la pièce. Nous avions demandé à la fin de la fouille qu’elle soit mise à l’abri, mais notre vœu ne fut pas satisfait et elle continua à être abîmée par les pluies et le gel avant de se retrouver enterrée quelques années plus tard, lorsque tout ce secteur de l’oppidum fut remblayé par mesure de protection.

(photo)

C’est sur cette maie qu’étaient empilés plusieurs scourtins (sacs) contenant le marc de raisin (ou bien parfois les olives concassées ?). Puis, par l’intermédiaire d’un gros levier disposé selon la diagonale ouest-est de la pièce et passant au-dessus de la maie, les ouvriers écrasaient ces sacs pour en faire sortir le jus. Le  levier s’articulait, par un dispositif inconnu, entre deux poteaux verticaux en bois, dont les trous de fixation ont été retrouvés, creusés dans le substrat rocheux, près de l’angle ouest de la pièce. On suppose que ces poteaux étaient fixés en haut à une poutre horizontale perpendiculaire à l’axe du levier et dont les deux extrémités pénétraient dans les murs de la pièce, pour une bonne stabilité.

 (photo trous de poteaux)

(dessin de pressoir grec archaïque)

(dessin de principe et reconstitution hypothétique)

F. AUTRES ÉLÉMENTS DU MOBILIER

Le saccage dont fut victime cet atelier lors de l’assaut militaire complique les efforts d’interprétation du chercheur : la maison fut incendiée (nombreux charbons et cendres), les vases furent presque tous brisés et éparpillés et la maie du pressoir fut même retournée. Voici malgré tout un bref bilan de nos découvertes pour le mobilier.

(plan détaillé en couleur)

Bois 

Parmi les débris de bois carbonisé, les uns étaient probablement des planches, d’autres ressemblent à des poutrelles. Il est impossible de dire d’où ils proviennent : étagère, coffre, banc, porte, poteau, pressoir, toiture…? L’analyse effectuée par Michel Thinon (département de « Botanique et écologie méditerranéenne » de la faculté de Saint-Jérôme à Marseille) a permis de reconnaître du chêne (probablement chêne pubescent) pour tous les morceaux, sauf un qui est de l’orme champêtre.

Pierre  

J’ai déjà signalé un boulet de baliste, pesant 5,635 kg et taillé dans un basalte dont l’analyse effectuée par C. Coulon (Centre de pétrologie, Centre universitaire de Saint-Jérôme à Marseille) a montré qu’il provenait vraisemblablement d’Italie. On peut en déduire que c’était une munition apportée par l’armée romaine. 

Nous avons aussi trouvé une vingtaine de galets, dont les plus gros (jusqu’à 1385 g) proviennent de la Durance. Leur usage est difficile à déterminer : les uns ont pu servir d’aiguisoir ou de polissoir, d’autres de pierre pour chauffer l’eau (après avoir été chauffés sur le feu, procédé bien connu dans l’antiquité), plusieurs ont sans doute servi de pilon, d’autres, très petits, ont peut-être servi de jeton pour compter ou jouer.

(photo)

Restes d’animaux 

Ils sont peu nombreux, très fragmentés et difficiles à identifier ; signalons un petit fragment de corail rouge (photo) destiné probablement à une parure, 4 dents de porc ou sanglier, 1 dent de chèvre.

Métaux

— Fer : nous avons recueilli 45 clous, de 2 à 15 cm de long, dont 10 entiers ou presque ; une lame de couteau avec une partie de sa soie, de 22,5 cm de long ; 2 anneaux brisés ; un système articulé qui ressemble à un mors de cheval ; quelques autres pièces ou fragments pas toujours identifiables, dont de petits débris d’équipement militaire.

(photos)

— Plomb : signalons principalement une petite pastille, qui a peut-être servi de jeton de compte.
— Bronze : il faut mentionner un fragment de petit bracelet, orné de stries. 

(photo)

Monnaies 

Nous en avons trouvé deux :
— un hémichalque massaliète daté du IIe siècle par Louis Chabot d’après M. Py ; droit : tête d’Apollon ; revers : taureau « cornupète » (= qui charge, la tête baissée).
— un bronze (as oncial) mal identifiable, qui semble dater du début du IIe s. d’après Gisèle Gentric qui a étudié toutes les monnaies trouvées à Entremont.

(photos)

G. LA CÉRAMIQUE

    En général, nous avons trouvé des tessons éparpillés, sans possibilité de les assembler pour reconstituer les objets. Mais nous avons pu quand même identifier quelques vases et parfois, avec patience, les reconstituer plus ou moins complètement. Voici les principales découvertes. Quelques-uns des objets que nous avons découverts sont exposés au musée Granet, à Aix-en-Provence.

Fabrication locale, modelée et non tournée : c’est la plus abondante. 

— les doliums : nous en avons identifié 4, incomplets ; le plus grand mesure 1,47 m de haut et à peu près 1 m de diamètre, ce qui est considérable. Ils servaient à stocker toutes sortes de denrées, liquides ou solides. 

(photo / dessins)

— 1 bord de vase en torchis, matériau poreux permettant une certaine aération du contenu.
— la vaisselle ordinaire : à pâte assez grossière de couleur grise, noirâtre ou beige, souvent « peignée », les stries produisant un décor plus ou moins élaboré. On y reconnaît des couvercles, des coupes, des pots de différentes dimensions.

(photos / dessins)

— une fusaïole, petite masse bitronconique percée verticalement en son centre et qui sert à lester l’axe du fuseau de la fileuse pour le faire tourner sur lui-même.

(photo)

Objets importés 

La quasi totalité provient des pays méditerranéens, ce qui montre que l’économie d’Entremont était tournée vers ces pays et non vers la Gaule. Ils sont faits au tour, sauf pour les formes très particulières.
— amphores : nombreux tessons ; nous avons pu en reconstituer plus ou moins complètement 4, de type gréco-italique ; on a aussi trouvé 3 couvercles d’amphore où est visible l’empreinte digitale du potier ou de la potière. 

(photos)

— une grande œnochoé (fragment), sorte de broc, d’origine incertaine.
— céramique campanienne (région de Naples) : vaisselle de demi-luxe, recouverte d’un vernis noir brillant, représentée surtout par des bols et une lampe à huile sans son anse.

(photos)

— céramique à pâte claire de Massalia (Marseille).
— la céramique catalane, représentée surtout par un vase de type « sombrero de copa », le premier exemplaire presque entier retrouvé à Entremont. Comme l’indique son nom espagnol, il a la forme d’un chapeau mais à l’envers, presque cylindrique, à peine évasé, avec un rebord plat et un décor de bandes peintes de couleur brique.

(photo)

— céramique à paroi très fine, ornée de petites pointes de barbotine (Italie du nord), probablement coûteuse et plutôt ornementale à cause de sa grande fragilité (tessons).

(photo)

— quelques très rares tessons de céramique « gauloise », importée de régions situées au nord de la Provence (identification par Patrice Arcelin).

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