3.2. POUR LE THÉÂTRE ROMAIN D’AIX ET SES ABORDS

(dernière mise à jour de cette page : 21 mars 2020)

Une découverte exceptionnelle

         En janvier 2004, la Mission Archéologie de la ville d’Aix-en-Provence, dirigée par Mme Nuria Nin, découvre les vestiges d’un théâtre romain dans l’enclos de la Seds, sur le côté nord du cours des Minimes. Quelques semaines plus tard, la presse locale et plusieurs médias nationaux signalent cette découverte exceptionnelle. Il s’agit en effet d’un très grand monument, d’un diamètre d’environ 100 mètres. Les parties les plus hautes ont disparu, mais on a partiellement dégagé 13 rangs de gradins et des galeries de circulation, ce qui est comparable au théâtre d’Arles. Cet édifice aixois date du haut empire romain, il y a près de 2000 ans.

Théâtre romain d’Aix découvert en 2004 dans l’enclos de la Seds par les archéologues municipaux (photo Charrière)

         Ces vestiges ont été miraculeusement préservés jusqu’à notre époque parce qu’ils étaient enfouis dans le parc de verdure d’un ancien monastère. Ce domaine, dont une grande partie appartient depuis peu à la ville d’Aix, a été classé “monument historique” en 1963. En effet, des documents et des sondages anciens avaient déjà démontré l’existence dans ce secteur de vestiges romains mal identifiés mais très importants : un grand édifice arrondi (le théâtre découvert en 2004), le rempart de la ville romaine, une grande colonnade (interprétée aujourd’hui comme ornement d’une place devant le théâtre), des débris de colonnes, une grande porte (découverte en 1970 sous le cours des Minimes). C’est là aussi probablement qu’avaient résidé les premiers évêques aixois aux premiers temps du christianisme.
Ainsi, après des siècles de destruction de son patrimoine antique, Aix vient enfin de retrouver le premier héritage majeur de son  lointain passé, elle qui, sous le nom d’Aquae Sextiae, fut fondée en 122 avant J.-C., première ville romaine créée en Gaule. C’est pourquoi Madame Joissains-Masini, députée et maire d’Aix-en-Provence, se déclare très heureuse de cette trouvaille et annonce aussitôt son désir de faire de toute la zone un parc archéologique. 
        Cette découverte suscite également un grand enthousiasme chez les Aixois ainsi que chez tous ceux qui s’intéressent au patrimoine : 3000 personnes viendront visiter les fouilles lors des Journées du Patrimoine en septembre 2004.

Le coup d’arrêt donné par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) qui représente l’État

         Mais ces vestiges étant classés “monument historique”, l’État est tenu de contribuer à leur entretien. Or l’argent public fait défaut. Il faut savoir cependant que le coût de ces fouilles a été supporté jusqu’ici par la ville d’Aix et non par l’État. Et donc, pour protéger les vestiges, la DRAC ordonne l’arrêt des fouilles en octobre 2004 et leur ré-enfouissement.
Les archéologues et les Aixois sont stupéfaits. Plusieurs articles paraissent dans la presse et notre association décide en novembre 2004 de lancer une pétition contre l’arrêt des fouilles et le ré-enfouissement. En quelques mois elle recueille 10 836 signatures.
Mais la DRAC ne veut rien entendre. Les vestiges sont donc recouverts au cours de l’hiver 2006-07, puis nous apprenons en juin 2007 que l’autorisation de reprendre les fouilles a été refusée par le Ministère de la Culture, au motif que le dossier présenté par la municipalité n’était pas satisfaisant. Le théâtre et les autres vestiges qui l’environnent sombrent pour de nombreuses années dans l’obscurité.

L’inertie municipale

On espérait alors que diverses tractations, études ou initiatives se développeraient pour aboutir à une solution favorable, mais non. Prenons quatre exemples éclairants :
1) Une partie du théâtre est dans une parcelle privée au nord-est : aucune procédure n’a été engagée pour que la ville en fasse l’acquisition.
2) Aucune action n’a été engagée par la ville pour déplacer un établissement d’enseignement privé et racheter le terrain et les bâtiments qu’il possède à l’est et au sud du théâtre antique, opération pourtant indispensable pour l’extension nécessaire des fouilles aux abords du théâtre et l’implantation d’un musée.
3) En 2015 a été mis en vente un terrain privé jouxtant le site de la Seds et le théâtre antique sur le côté nord : la ville aurait dû le préempter pour avoir plus de place pour construire le musée archéologique ou ses dépendances qu’elle nous promet à cet endroit. Non, il a été vendu à un promoteur qui y a construit un immeuble.
4) Le numéro de sept.-oct. 2014 de la revue municipale (“Aix-en-Provence, le Mag”) annonçait la constitution d’une commission pour relancer les fouilles du théâtre. On pouvait se réjouir de ces bonnes intentions… mais en réalité au début de 2018, la municipalité a annoncé qu’elle suspendait sine die les travaux de cette commission ! Le théâtre antique et le musée archéologique sont donc vraiment tombés dans les oubliettes. 

Nos souhaits

Comme nous l’avions demandé dans notre pétition de 2004, nous souhaitons que soit au plus vite adopté un plan pluriannuel de financement des fouilles à reprendre et achever, incluant la protection et la consolidation des vestiges dégagés et un projet global de mise en valeur du site. Il s’agit de fouiller non seulement le théâtre lui-même, mais aussi son environnement proche qui recèle, on le sait, divers vestiges très intéressants.
Ce projet devra comprendre l’expropriation des parcelles privées concernées et la construction d’un musée archéologique dont la ville d’Aix a le plus grand besoin (voir la section 4.3 ci-après).