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5.3. Sur l'oppidum du Baou-Roux
(dernière mise à jour de cette page : 24/10/08) |
Bilan établi par Jean-Louis Charrière, responsable de la fouille
Sommaire1. Généralités sur l’oppidum du Baou-Roux
2. Conditions de notre sondage
3. Les vestiges de la cinquième période d’occupation (IIe siècle avant notre ère)
3.1. Les murs
3.2. Les ouvertures
3.3. Le toit
3.4. Les foyers
3.5. Les aménagements en terre crue
3.6. La préparation du substrat
3.7. Aperçu sur le mobilier recueilli
4. Les vestiges de la quatrième période d’occupation (IIIe s.)
5. Les vestiges de la troisième période d’occupation (IVe - IIIe s.)
6. Les vestiges de la deuxième période d’occupation (Ve - IVe s.)
7. Les vestiges de la première période d’occupation (âge du Bronze ?))
1. Généralités sur l’oppidum du Baou-Roux
Comme notre association a publié un petit fascicule sur ce site,
rédigé par l’un de ses propriétaires qui y
faisait des fouilles, nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage
(épuisé, à consulter en bibliothèque),
où il pourra trouver une présentation
générale du site et un rappel des découvertes
anciennes :
Jean-Pierre TENNEVIN,
Le Baou-Roux, oppidum celto-ligure,
édité par Les Amis d’Entremont et du Pays
d’Aix antique, Aix-en-Provence, 1972, 52 pages, nombreuses
illustrations et un plan dépliant.
Pour prendre connaissance des fouilles postérieures, le mieux est de consulter la
Carte Archéologique de la Gaule,
volume 13 / 4, consacré à Aix-en-Provence, Pays
d’Aix, Val de Durance, paru en novembre 2006, sous la direction
de F. Mocci et N. Nin. L’oppidum du Baou-Roux est
présenté pages 517 à 524. L’auteur de cet
article, P. Boissinot, qui nous avait pourtant aidés de ses connaissances
pendant la fouille et dont le chantier se trouvait à quelques
mètres du nôtre, a curieusement oublié de signaler notre
sondage. Nous comblons ici cette lacune, et c’est
d’autant plus utile que les résultats de notre fouille
n’ont encore jamais été publiés, faute de
temps disponible jusqu’à maintenant.
Pour ceux qui n’auraient pas accès à ces
publications, voici une brève présentation.
L’oppidum se trouve à l’extrémité
sud-ouest de la commune de Bouc-Bel-Air, dans des
propriétés privées. Il est installé sur un
petit plateau d’environ 4 hectares qui culmine à un peu
plus de 300 m d’altitude (photo),
ce qui permet d’apercevoir l’oppidum d’Entremont, sur
la commune d’Aix-en-Provence, à une quinzaine de
kilomètres au nord. La plus ancienne allusion
archéologique date de 1856, les premières fouilles de
1903.
La plus ancienne trace d’occupation
humaine semble remonter au Néolithique final (vers 3000 av.
notre ère). Puis on constate une occupation importante au
Bronze ancien (vers 2000), puis de nouveau au Bronze final III b (vers
800), puis encore à l’âge du Fer, de 550 à
400 environ. Enfin vient la période de grande urbanisation, de
200 environ à 123 probablement, date à laquelle
l’oppidum est dévasté par un assaut militaire et
définitivement abandonné, à l’exception de
quelques points très limités ; on admet en effet que cet
événement correspond à la campagne militaire
victorieuse dirigée cette année-là par le consul
romain Caius Sextius Calvinus, au cours de laquelle est
également pris l’oppidum d’Entremont.
2. Conditions de notre sondage
J.-L. Charrière, qui dirigeait l’équipe
de fouilles de l’association, connaissait J.-P. Tennevin, qui
possédait une partie du Baou-Roux et y avait
déjà effectué des fouilles. C'est ainsi que,
grâce à une autorisation officielle
délivrée au nom de J.-P. Tennevin, nous pûmes, le
20 mai 1981, entreprendre un sondage dans la partie de l’oppidum
dont il était propriétaire. Par la suite, à partir
de 1985, c’est sous le couvert de l’autorisation
délivrée à P. Boissinot que nous avons
continué notre recherche. (C'est donc à lui que nous
avons remis notre rapport de fouille le 3 décembre 1985, rapport
qu'il n'a transmis aux autorités qu'en février
1986 lorsque nous avons insisté pour qu'il le fasse.)
Comme nous
recherchions un endroit où la couche de terre fût assez
épaisse pour espérer trouver des vestiges assez bien
conservés, nous choisîmes d’implanter notre fouille
en bordure sud-ouest du vallon du Portalet, à quelques
mètres au nord-ouest d’un autre sondage effectué au
même moment par P. Boissinot. Et nous décidâmes de
baptiser ce sondage C 81 (C parce que c’était le
troisième ouvert sur l’oppidum cette
année-là, et 81 pour l’année). En
l’absence de tout carroyage général du site, nous
ne pouvons localiser notre chantier par des coordonnées plus
précises.
(plan du site)
M. Tennevin mit à notre disposition un local pour entreposer un
peu de matériel au pied de la colline, nous en cachâmes
une autre partie près de notre sondage et le plus
précieux fut transporté à chaque séance
à dos d’homme.
Liste des principaux participants
: J.-L. Charrière (responsable), P. Barbero, E. Bodin, J.
Bourthoumieu, M. Dalaudière, S. Decoppet, R. Favarel, S. Gallet,
A. Jeanjean, M. Lecat, A.-M. Lesaing, M.-L. Mesly-Rousset, J.
Pillement, S. Tamisier, J. Thiriet, J. Tofani, S. Valentini, N. Van
Puyvelde.
MM. Tennevin et Boissinot sont venus
très souvent nous rendre visite, mais sans participer à
la fouille sur le terrain lui-même.
(photo)
Les travaux sur le terrain eurent lieu surtout pendant
l’été (y compris le 22 juillet 1983, alors que le
thermomètre indiquait 39° C à l’ombre…),
l’hiver étant consacré aux travaux de laboratoire.
(photo)
Le chantier fut interrompu en septembre 1983 et reprit en juillet 1985
pour s’achever définitivement le 29 juin 1988. Mais les
travaux en laboratoire pour nettoyer, classer, numéroter le
mobilier céramique continuèrent jusqu’au 27 mars
1996. Pendant toute cette période (1981-1996), le rythme des
séances de travail fut irrégulier, en fonction de la
disponibilité des participants, tous bénévoles.
La surface maximale du sondage a atteint 35 m2, soit un rectangle de 5
x 7 m déterminé par la présence des murs de
l’époque la plus récente. La profondeur du
creusement est restée inégale : arrêt au niveau du
dernier sol d’habitat conservé dans la partie sud-ouest,
creusement jusqu’au substrat dans l’angle nord-est. Nous
avons dû poser et laisser là quelques pierres pour
circuler plus aisément sur le substrat en pente. Avant de
quitter définitivement le chantier, nous avons posé des
témoins de notre fouille sur les niveaux les plus profonds et
remis un peu de terre par dessus, ainsi que des branchages
épineux et un fil de fer barbelé à titre de
protection.
En 1996, le décès
de Suzanne Decoppet, principale collaboratrice de J.-L.
Charrière, entraîna l’interruption
prématurée de l’étude du mobilier, et il
faudra la reprendre un jour…(des milliers de tessons, des
centaines de prélèvements ou objets divers). C’est
pourquoi nous ne présentons pas ici en détail le mobilier
recueilli, dont la quasi totalité a été
déposée dans les réserves de l’oppidum
d’Entremont le 29 avril 2004.
3. Les vestiges de la cinquième et dernière période d’occupation (IIe siècle av. J.-C.)
Nous avons pu différencier, avec plus ou moins de certitude,
cinq périodes d’occupation. Nous allons les décrire
en remontant le temps, comme nous les avons trouvées en
descendant dans la terre... Toutes les dates sont antérieures
à notre ère.
(plan général de toutes les périodes)
La plus récente occupation s’étend des environs de
200 à 123 (cf. § 1 ci-dessus). C’est à cette
période qu’appartient la plus grande partie des vestiges
bâtis mis au jour, à savoir trois murs et divers
aménagements intérieurs.
(plan de la construction du IIe siècle)
3.1. Les murs
Ces murs sont les restes d’une salle rectangulaire dont la
longueur suit un axe nord-est / sud-ouest. L’érosion a
emporté le quatrième mur qui fermait la pièce au
nord-est, là où s’accentue la pente descendant vers
le vallon du Portalet. Les murs constituant les longs
côtés du rectangle sont eux-mêmes incomplets au
nord-est. Toutefois, des vestiges antérieurs plus profonds (cf.
§ 4) permettent avec assez de vraisemblance de positionner ce
quatrième mur disparu à 6 mètres du mur sud-ouest.
La largeur intérieure de la pièce étant de 3,60 m,
la surface intérieure peut donc être estimée
à 21,60 m2.
Les murs, conservés sur
une hauteur maximale de 0,70 m, mesurent autour de 50 cm
d’épaisseur et leur assise est enfouie de quelques
centimètres sous le niveau du sol d’habitat ; ils sont
bâtis en pierres brutes de calibres très variés
(rarement plus de 40 cm de long), disposées en tous sens et
liées à la boue. Cette épaisseur nécessite
la technique du parement bilatéral avec simple blocage dans les
interstices. Nous n’avons pas trouvé de trace d’un
éventuel crépi.
(photos)
Le mur sud-ouest a été édifié en pierres
plus petites et après les deux longs murs, entre lesquels il est
venu s’insérer sans imbrication de leurs pierres là
où ils se rejoignent.
(photo)
Ce détail nous paraît significatif : il semble indiquer
que la construction du quartier a commencé par
l’édification des murs mitoyens délimitant les lots
de terrain attribués. Nous avons remarqué un
phénomène analogue lors de notre fouille sur
l’oppidum d’Entremont, îlot III, espace 1 (cf. le
§ 3 dans le chapitre consacré à cette fouille).
Les pierres écroulées découvertes dans cette
pièce constituent un volume de moins de 2 m3. C’est
très insuffisant pour y voir la masse écroulée des
murs, qui devaient probablement dépasser 2 mètres de
haut. D’autre part, cet éboulis était circonscrit
à une surface de 5 ou 6 m2 contre le mur nord-ouest, ce qui
exclut qu’il provienne de l’ensemble des murs. Nous pensons
donc qu’une bonne partie des pierres fut
récupérée, à une époque
indéterminée.
(photo)
Nous aborderons plus loin la question de l’existence
éventuelle de murs ou parties de murs en adobes (briques crues).
3.2. Les ouvertures Une porte
se trouve dans le mur sud-ouest, contre le mur sud-est. Sa largeur
semble avoir été modifiée : l’ouverture
mesurait d’abord 1,70 mètre de large, puis elle fut
ramenée à 1,30 m ; le placage de pierres ajouté
à ce moment-là n’est pas aussi épais que le
reste du mur, peut-être pour laisser du côté
intérieur la place d’un madrier vertical renforçant
l’encadrement. Cette ouverture, même réduite
à 1,30 m, semble exiger une porte à deux vantaux.
(photo)
Le seuil proprement dit a disparu : peut-être était-il
constitué d’un madrier posé sur les pierres que
nous avons retrouvées. La dénivellation entre la surface
du madrier et le sol de la maison en contrebas était
d’environ 25 cm. Du côté de la rue qui desservait
cette pièce et longeait donc le mur sud-ouest, nous avons
trouvé une rangée de pierres dressées contre le
seuil. Ces pierres dépassaient la hauteur estimée de la
planche du seuil d’environ 5 à 8 cm et servaient à
retenir le sol de la rue, plus élevé. Il faut donc
imaginer un dispositif, éventuellement amovible, peut-être
une planche, empêchant l’eau de pluie ruisselant dans la
rue de pénétrer dans la pièce.
(dessin)
La configuration générale du quartier, mise en
évidence par P. Boissinot, montre que la pièce
dégagée était bordée au sud-est et au
nord-ouest par d’autres salles.
(plan)
Il n’y a pas trace d’ouvertures sur ces deux
côtés, à moins que d’éventuelles
portes se soient trouvées tout à fait contre le mur
nord-est, où l’érosion a emporté les
vestiges de cette période. Le mur nord-est disparu a pu
comporter une fenêtre ; en effet, en raison de la pente du
terrain, s’il y avait une autre maison de ce
côté, elle se trouvait nécessairement plus basse
d’environ 2 mètres, laissant la place d’une
fenêtre. S’il n’y avait pas de maison, on peut
admettre la possibilité d’une porte avec un escalier
descendant vers le sol en contrebas.
(coupe)
3.3. Le toit
La stratigraphie n’a révélé aucun indice de
l’existence éventuelle d’un étage ni de
vestiges manifestes du toit. Pourtant, on peut affirmer que
l’espace fouillé n’était pas en plein air
mais couvert d’un toit, celui-ci étant indispensable pour
protéger les structures en terre crue dont nous parlerons
plus loin. De plus, nous avons retrouvé deux grosses pierres
plates enfouies à quelques centimètres sous le sol
d’habitat, calées par quelques cailloux, disposées
à peu près sur l’axe médian de la
pièce et divisant la longueur de la pièce en trois tiers
à peu près équivalents (du sud au nord : 1,9 m,
2,4 m et 2 m) ; elles servaient sans doute de base à
deux poteaux destinés à soutenir la toiture.
(photos)
Cette toiture était très probablement en terrasse, comme
dans les autres habitats contemporains de la région. En effet,
la présence d’autres maisons au sud-est et au nord-ouest
s’oppose à l’hypothèse d’un toit
à double pente sur ces côtés. Et la disposition des
deux poteaux porteurs ne convient pas à une double pente vers le
sud-ouest et le nord-est.
3.4. Les foyers Nous avons trouvé
deux foyers.
L’un est situé tout à fait dans l’angle sud
de la pièce, à quelques centimètres sous le sol
d’habitat, au pied du seuil d’entrée sous lequel il
s’engage un peu. En revanche, il s’appuie contre le mur
sud-est. Il a donc été utilisé de façon
très temporaire entre la construction de ce mur et celle du
seuil. Il était constitué d’une simple couche de
terre argileuse en partie rubéfiée, mesurant 0,5 x 0,6 m
de surface.
(photo)
L’autre foyer se trouve au pied du mur nord-est, au milieu de sa
longueur, à quelques centimètres lui aussi au-dessous du
sol d’habitat. Il consistait lui aussi en une simple lentille de
terre argileuse rubéfiée au centre, d’un
diamètre de 0,60 m. Comme le précédent, il semble
avoir été temporaire.
(photo)
S’il a existé un foyer permanent mieux
aménagé, il devait se trouver dans la partie disparue de
cette pièce, au nord-est.
3.5. Les aménagements en terre crue
Nous avons trouvé, contre le mur sud-est et sur le seuil
d’entrée, un amas de débris d’adobes (grandes
briques crues en terre plus ou moins argileuse et gravillonneuse) ; son
faible volume (à peu près un demi mètre cube) et
son emplacement très circonscrit ne permettent pas d’y
voir les restes de la partie haute des murs.
(photo)
À moins d’admettre, comme pour les pierres, qu’une
grande partie des adobes avait été
récupérée avant que l’argile crue se
délite et se disperse. Mais c’est peu probable, parce
qu’il y avait contre le mur opposé d’autres adobes
intacts en place, qui n’ont pas été
récupérés. On peut donc penser que ces briques
écroulées appartiennent plutôt à un
aménagement limité : encadrement de porte, cloison,
banquette.
Nous avons en effet mis au jour, dans l’angle ouest,
deux massifs bâtis en terre,
dont l’utilité nous échappe ; les
archéologues professionnels consultés sont eux aussi
restés perplexes. Était-ce simplement une réserve
d'adobes ?
(photo, dessin)
Le premier
se trouve tout à fait dans l’angle et longe le mur
sud-ouest jusqu’à la porte d’entrée, à
savoir sur 2 mètres. Sa largeur est de 1,05 m. Pendant la
fouille, nous n’avons pas remarqué tout de suite sa
présence et nous avons fortement entamé son angle est.
Mais une fois qu’on s’y attend, on distingue sept couches
de terre de même épaisseur, séparées par des
joints horizontaux plus clairs (structure très visible si on
humidifie la terre) ; en revanche, nous n’avons
repéré que deux joints verticaux, ce qui laisse penser,
s’il s’agit vraiment d’adobes, qu’ils ont
été posés encore humides, sans joint vertical, et
ont un peu fusionné ensemble.
(dessin)
Ce massif mesure actuellement 0,70 m de haut, mais l’aspect
irrégulier de la face supérieure laisse penser
qu’il n’est pas complet dans sa hauteur. La paroi nord-est
est verticale, la paroi sud-est est inclinée à 40° :
nous ne pouvons dire si cette pente est d’origine ou
résulte de l’érosion. Compte tenu des usages
constatés ailleurs à cette époque, ce massif
paraît trop large pour être le soubassement d’un
escalier.
Le second massif
se trouve contre le précédent et contre le mur
nord-ouest. Il mesure 1,33 m de long (nord-ouest / sud-est), 1,10 m de
large et sa hauteur varie entre 0,30 et 0,45 m. Il semble complet,
protégé qu’il était par
l’éboulis de pierres des murs ; toutefois, la face
nord-est était endommagée (adobes effrités). Sa
face supérieure, inclinée dans son ensemble vers le
sud-est d’une pente d’environ 7 %, est constituée de
3 rangées d’adobes juxtaposés ; la rangée
qui jouxte le précédent massif est inclinée vers
le centre ; la rangée opposée (au nord-est) est plus
haute de l’épaisseur d’une assise d’adobes (8
cm environ) ; donc l’ensemble de cette surface n’est pas du
tout plat. La rangée nord-est repose sur un empilement de quatre
assises d’adobes ; et de plus, il y a encore, sous l’angle
est, un grand morceau d’adobe supplémentaire enfoui dans
le sol d’habitat).
(photo)
Les deux autres rangées reposent simplement sur un massif de
terre. Certains adobes sont entiers, d’autres ne sont que des
morceaux ; P. Boissinot a étudié leur composition : elle
est très variable ; on en déduit que ce sont des adobes
de récupération.
Tant que
l’utilité de ces massifs de terre ne sera pas
élucidée, il sera impossible de dire avec
précision quelle sorte de bâtiment a été
mise au jour par notre sondage : simple habitation, local artisanal,
mixte ? Le mobilier recueilli, banal, fait tout de même pencher
pour la première interprétation.
3.6. La préparation du substrat
Les trois murs conservés ont été édifiés sur un remblai
de terre contenant par endroits du cailloutis et partout une grande
quantité de débris de céramiques de plusieurs
époques, la plus ancienne attestée avec certitude
étant le VIe siècle et la plus récente le IIe
siècle. On y trouve aussi divers déchets (coquillages,
os, graines carbonisées, cendres et charbons, etc.).
L’épaisseur maximale de ce remblai est d’environ 1
mètre, du côté nord-est, pour compenser la pente du
rocher sous-jacent. Ce remblai avait nécessité la
construction d’un mur de soutènement au nord-est ou
plutôt, d’après nos observations,
s’était appuyé sur un mur déjà
construit pour un autre motif. Nous en parlerons à propos de la
quatrième période d’occupation.
Le sol
lui-même de la pièce a subi un léger exhaussement
progressif de quelques centimètres. Il y eut d’abord une
couche riche en cailloutis qui doit correspondre au moment de
construction de la maison ; puis furent déposées par
dessus, au fil du temps quelques très fines couches
d’aspect variable.
3.7. Aperçu sur le mobilier recueilli
(photos, dessins)
………………………….
4. Les vestiges de la quatrième période d’occupation (IIIe siècle)
4.1. Les vestiges bâtis
(plan des vestiges de cette période)
Nous avons creusé sous le sol d’habitat du IIe
siècle seulement dans la moitié nord-est de notre sondage
et c’est dans le tiers nord-est que sont apparus des vestiges
bâtis plus anciens. Dans la bande de terrain (1 à 2 m de
large) qui constitue la zone extrême de notre sondage de ce
côté, l’érosion a emporté les couches
antiques supérieures (notamment le mur nord-est de la maison du
IIe siècle) qui ont été remplacées par une
sédimentation plus récente et moins épaisse.
C’est sous cette couche moderne que nous avons mis au jour les restes d’
un mur
orienté nord-ouest / sud-est, d’un mètre
d’épaisseur, dont nous avons trouvé le sommet
à 30 cm sous le niveau du sol d’habitat du IIe
siècle.
(photo)
Sa hauteur conservée dans les limites de notre sondage est de
0,80 m. Il a été bâti sur un mur plus ancien, dont
nous parlerons à propos de la troisième période
d’occupation.
Nous avons
dégagé son sommet sur 4,40 m de long et sa face sud-ouest
(amont) sur 3,6 m de long. De ce côté, le parement est
vertical et assez soigné. La première assise est faite
d’assez grosses pierres couchées (plus de 0,35 m pour les
faces visibles) qui paraissent un peu dégrossies. Les assises
supérieures sont d’un calibre plus petit (autour de 20
cm); les pierres, souvent oblongues, sont presque alignées et
leur face visible est assez régulière, sans porter
cependant des traces d’outil taillant. Nous n’avons
dégagé la face nord-est que par un étroit sondage
ponctuel : à cet endroit, le parement est identique à
l’autre. Entre les deux, le mur est constitué d’un
blocage de pierraille.
(photo)
À la base de ce mur est apparu un petit canal
qui le traverse probablement de part en part ; il mesure 20 cm de large
et 30 cm de haut. Nous l’avons vidé sur 0,70 m de longueur
et nous avons constaté qu’il est couvert par une grosse
dalle, mais ses autres parois ne sont pas particulièrement
aménagées.
(photo)
Contre la face sud-ouest (amont), nous avons trouvé
un petit massif de pierres,
à 20 cm au sud-est du canal décrit ci-dessus. Il mesure
0,80 m de long dans le sens nord-est / sud-ouest), 0,80 m de large et
0,60 m de haut au maximum. Ses pierres sont de calibre très
disparate. Sa base est au même niveau que le mur, mais repose sur
un remblai ; il a cependant fallu, pour poser la première
assise, écorner le sommet d’un mur plus ancien dont nous
parlerons plus loin. Nous ignorons l’utilité de ce massif.
(photo)
Comment interpréter le gros mur qui paraît dater du IIIe
siècle ? Son épaisseur, le soin apporté à
son parement amont, la présence d’un canal et de ce petit
massif de pierres sur la face amont sont incompatibles avec
l’hypothèse d’un simple mur de soutènement.
Nous y voyons plutôt une fortification, qui se trouve en effet
sur le rebord du vallon du Portalet, près de la rupture de
pente. Mais lors de la cinquième période
d’occupation, on l’a utilisé pour soutenir le
remblai sur lequel on voulait édifier de nouvelles habitations,
et même probablement comme fondation du mur nord-est de ces
habitations.
4.2. Aperçu sur le mobilier (photos, dessins)……………………………
5. Les vestiges de la troisième période d’occupation (fin IVe ou début IIIe siècle)
(plan des vestiges de cette période)
Il s’agit essentiellement d’
un mur
que le mobilier associé invite à dater de la fin du IVe
ou du début du IIIe siècle. Il est rectiligne et sert de
fondation au gros mur de la quatrième période dont il
suit la même orientation. Mais il déborde de la base de ce
dernier, sur toute sa longueur, du côté amont,
d’environ 4 ou 5 cm. Au nord-ouest, il repose sur le
substrat rocheux, au sud-est sur le sol argileux de la période
précédente.
(photo)
Nous n’avons dégagé que sa face sud-ouest et nous
ignorons son épaisseur, mais il nous semble nécessaire
que sa face nord-est ait été au moins à
l’aplomb de celle du mur postérieur qu’il soutient.
En effet, sans ce mur sous-jacent, le mur postérieur ne pourrait
s’appuyer que sur un remblai très épais,
invraisemblable ici en raison de la pente du terrain. Il a donc au
minimum 1,05 m d'épaisseur.
Nous
l’avons dégagé sur 3,60 m de long. Sa hauteur
maximale conservée est de 0,90 m. Le parement sud-ouest (amont)
n’est pas très soigné, les pierres en sont
plutôt petites (rarement plus de 25 cm), brutes et
disposées sans souci d’obtenir une paroi plane.
D’autre part, cette paroi est inclinée vers l’aval
d’environ 10°, mais nous ne pouvons dire si ce fruit est
volontaire ou s’il résulte d’une poussée des
terres.
Il nous semble que ce mur a pu servir à la fois de mur de soutènement et de fortification.
Aperçu sur le mobilier (photos, dessins)……………………….
6. Les vestiges de la deuxième période d’occupation (Ve ou IVe siècle)
(plan des vestiges de cette période)
Cette période est représentée principalement par
un mur et
par un lambeau de sol en terre argileuse grise. La datation devra
être confirmée par une étude plus
détaillée du mobilier associé, mais actuellement
ces vestiges semblent remonter au Ve ou au IVe siècle et ils
seraient alors, selon P. Boissinot, les plus anciennes traces de
construction sur le site.
(photo)
Ce mur a été dégagé sur 2,3 m de long et il
est conservé sur une hauteur maximale de 0,70 m. Son
épaisseur moyenne est de 0,50 m. Il repose sur le substrat
rocheux irrégulier. Il n’est pas rectiligne mais
légèrement courbe, convexe vers le sud-ouest (amont).
Globalement, il forme avec le gros mur de la troisième
période un angle de 30°. Il y a donc un changement net de
plan d’urbanisme (si on peut employer une telle expression) entre
ces deux périodes, du moins dans ce secteur.
Du côté amont, le parement est en petites pierres (souvent
moins de 20 cm pour la face visible), disposées sans grand soin.
Le parement vers l’aval est fait de pierres plus grosses (souvent
plus de 30 cm), mais l’appareil reste désordonné.
Toutes les pierres sont brutes. D’autre part, ce mur est un peu
incliné vers l’amont. Toutes ces caractéristiques
nous incitent à le considérer comme un mur de
soutènement.
Mais du côté
nord-est (aval), la présence d’un sol contre
l’extrémité sud-est de ce mur révèle
un espace aménagé. Ce sol d’épaisseur
variable a été établi soit sur des lambeaux
d’une couche antérieure (vestiges d’une
époque encore plus ancienne), soit directement sur le rocher.
Quelques débris d’adobes gisaient sur ce sol.
L’étroitesse de notre sondage à cette profondeur
n’a pas permis une observation très satisfaisante.
(photo ?)
À l’extrémité opposée (nord-ouest),
ce mur a été détruit pour faire place au gros mur
de la troisième période. Nous avons trouvé dans
cet angle, entre les deux murs, quelques pierres reposant sur le
rocher. Il s’agit peut-être du début du mur qui
délimitait au nord-ouest l’espace aménagé
évoqué dans les lignes ci-dessus.
(photo)
Aperçu sur le mobilier (photos, dessins)……………………….
7. Les vestiges de la première période d’occupation (âge du Bronze ?)
Outre quelques lambeaux de couche mentionnés ci-dessus
(trouvés sous le sol de la deuxième période), il
semble possible d’attribuer à l’époque la
plus ancienne (âge du Bronze ?) un alignement de trois ou quatre
pierres brutes sur le rocher, à 1,20 m au sud du mur de la
deuxième période. Il s’agit peut-être des
restes d’un muret de soutènement, eu égard à
la pente du substrat. La céramique associée, rare, est de
type modelée atypique, d’allure archaïque. Les
indices, on le voit, sont fragiles.
(photo)
Aperçu sur le mobilier (photos, dessins).......................................
8. Conclusion
Notre sondage n’a fait que confirmer la remarquable richesse
documentaire de l’oppidum du Baou-Roux, déjà
démontrée par les fouilles anciennes, puis celles de
Jean-Pierre Tennevin et enfin celles de P. Boissinot. Nous formons le
vœu que ce site fasse à l’avenir l’objet de
nouvelles grandes fouilles et que le mobilier recueilli depuis le
début des recherches puisse être bientôt
exposé, avec les trouvailles des autres sites celto-ligures des
environs, dans un grand musée d’archéologie du Pays
d’Aix, dont la création devient urgente.
*