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Sommaire
1. Les vestiges de la voirie romaine dans le bourg Saint-Sauveur
2. Circonstances de notre intervention
3. Nos premières constatations
4. La découverte de plusieurs égouts affluents
5. La technique de construction des égouts dégagés
6. Les dalles de la voie et le regard d'accès à l'égout principal
7. La stratigraphie
8. Le mobilier recueilli
9. Interprétation de l’égout cardinal et des deux égouts décumans
Toutes les photos sont de Jean-Louis Charrière.___________________
1. Les vestiges de la voirie romaine dans le bourg Saint-Sauveur
Lorsque les urbanistes romains décidaient de
créer une nouvelle ville ou de réaménager une
ville ancienne selon leurs conceptions, ils commençaient par
définir le tracé de deux voies perpendiculaires
principales : le cardo maximus (à peu près nord-sud) et
le decumanus maximus (à peu près est-ouest). Le carrefour
de ces deux voies était en général traité
de façon monumentale pour en faire une grande place publique, le
forum. Et c’est parallèlement à ces deux axes
qu’ils traçaient ensuite les autres rues (cardos et
decumanus secondaires), avec quelques inévitables adaptations
imposées par telle ou telle contrainte locale. Cette
façon de procéder était inspirée de la
méthode utilisée pour établir les camps militaires.
Les découvertes faites à
Aix-en-Provence depuis la fin du XIXe siècle ont montré
que ce carrefour central de l’antique Aquae Sextiae se trouvait
au centre du bourg St-Sauveur (quartier de la cathédrale). En
effet, des vestiges d’une place publique entourée
d’une colonnade (le premier forum ?) et des tronçons du
cardo maximus ont été repérés à
plusieurs reprises dans ce secteur, soit parce qu’ils
étaient visibles dans des caves, soit à l’occasion
de travaux de voirie, soit à la suite de fouilles. Pour avoir
plus de détails, consulter la
Carte Archéologique de la Gaule, volume 13/4, paru en novembre 2006 et consacré à Aix-en-Provence et ses environs, pages 211 et suivantes.
Les vestiges du forum supposé ont
été retrouvés sous le baptistère de
Saint-Sauveur, sous le cloître et sous la place des Martyrs de la
Résistance. Le cardo maximus suivait à peu près le
tracé des actuelles rues Gaston de Saporta et Jacques de la
Roque. On n’a repéré de façon certaine
qu’un seul cardo secondaire, situé à l’est du
cardo maximus : c’est celui sous lequel nous avons
travaillé, situé à quelques mètres à
l’est de la rue Adanson. Les fouilles conduites en 1984 dans la
cour de l’ancien archevêché ont bien mis au jour un
autre espace de circulation près de la rue Pierre et Marie
Curie, mais son interprétation est discutée.
(plan des vestiges dans le quartier)
Malgré l’absence de découvertes
certaines, on suppose avec vraisemblance que le decumanus maximus
suivait à peu près, à l’ouest, le
tracé de l’actuelle rue du Bon Pasteur. Encore plus
à l'ouest, un tronçon (identifié par
l'égout qui le suivait en sous-sol) en a été
repéré sous la rue Célony et sous la partie nord
du cours des Minimes. À l’est, il a probablement
été retrouvé dans la partie nord de la cour de
l’ancien archevêché. Deux decumanus secondaires ont
été repérés au sud du
précédent : l’un dans la partie sud de la cour de
l’ancien archevêché, l’autre sous la rue de la
Louvière.
2. Circonstances de notre intervention
Il était d’abord simplement question,
en mars 1983, de photographier des dalles de voie romaine
signalées par Jean-Pierre Couelle, architecte, dans une cave
située au n° 7 (anciennement n°3b) de la rue Adanson
à Aix-en-Provence, à moins de 100 mètres au sud de
la cathédrale Saint-Sauveur. En effet, un projet
d’aménagement de cette cave risquait de rendre ces
vestiges définitivement inaccessibles. Mais une grande
quantité de décombres emplissait les lieux ; il fallait
les enlever et, de fil en aiguille, un accord fut conclu avec le
propriétaire pour vider aussi l’égout antique
apparaissant sous ces dalles.
L’autorisation officielle fut accordée
par la Direction Régionale des Antiquités Historiques
(Ministère de la Culture) à Jean-Louis Charrière,
assisté sur le chantier par Suzanne Decoppet. Les autres
principaux participants furent P. Barbero, E. Bodin, A. et L.
Charrière, M. Dalaudière, R. Favarel, M.-L.
Mesly-Rousset, J. Pillement, S. Tamisier, J. Tofani et S. Valentini
(beaucoup de ces bons amis sont hélas aujourd'hui
décédés).
(de gauche à droite, J. Pillement, S. Decoppet et M. Dalaudière.)
Les travaux commencèrent le 12 avril 1983 et
furent interrompus 2 jours après, car il n’était
pas prévu de véritable fouille à l’origine.
Le chantier reprit le 17 décembre 1983, de façon
discontinue en fonction des loisirs des participants (tous
bénévoles), et s’arrêta le 1er février
1984. L’exiguïté et la mauvaise ventilation des lieux
ont rendu le travail pénible. Par sécurité, nous
avons dû étayer les dalles avec des épontilles en
bois, restées en place à la fin du chantier. Toutes nos
photos sont prises au flash et par conséquent de qualité
assez médiocre.
Quelques autres séances eurent lieu encore en 1984 pour
évacuer tous les déblais ou prendre des mesures. Enfin,
le 9 novembre 1990, M. Jean-Louis Paillet, géomètre au
CNRS, vint prendre toutes les mesures angulaires et
altimétriques nécessaires pour dresser un plan
précis des vestiges dégagés. Les altitudes
absolues indiquées dans le présent compte rendu sont
calculées d’après le Nivellement
Général de la France (NGF).
Notre fouille est mentionnée dans la
Carte Archéologique de la Gaule
(citée ci-dessus, § 1), page 219, sous le n° 24c*.
Mais cet article tire sa substance de notre rapport d’octobre
1983 qui ne présentait pas le résultat complet de nos
travaux ; le lecteur trouvera donc ici des informations
supplémentaires importantes.
3. Nos premières constatations
La date à laquelle fut creusée la cave
où apparaissent les vestiges nous est inconnue, mais elle se
situe à une époque où le plan d’urbanisme de
la ville antique n’était plus du tout respecté :
des maisons avaient été construites depuis longtemps
là où passait jadis ce cardo romain. Donc, pour creuser
cette cave, il avait fallu démolir les dalles de cette rue
antique et l’égout désaffecté qui passait
dessous. Une de ces dalles, peut-être incomplète, a
été remployée pour construire le mur sud de la
cave.
(Dalle antique réutilisée à la base d’un mur moderne.)
Et c’est ainsi que furent rendus visibles, en
coupe verticale, dans la paroi nord de la cave, le chant des dalles non
démolies de ce côté et l’égout passant
dessous, celui-ci ressemblant alors à un tunnel
s’enfonçant dans la paroi.
(Les dalles de la voie romaine et, en dessous, l’égout encore comblé.)
Le sol actuel de la cave se situe approximativement
à 3 mètres sous le niveau de la rue Adanson, sur laquelle
s’ouvre un petit soupirail de ventilation. Mais ce sol est
constitué d’une couche de terre et débris divers
apportée là je ne sais quand ni comment. Nous avons
creusé un petit sondage au milieu de la pièce pour
retrouver le vrai sol originel ; nous l’avons trouvé
à 35 cm de profondeur ; cependant rien ne prouve que ce sol
originel ait été horizontal et régulier.
Nous avons d’abord porté notre
attention sur les énormes dalles qui affleuraient dans la paroi
de la cave. Ces blocs constituaient la chaussée antique,
légèrement convexe pour l’écoulement de la
pluie, et servaient en même temps, au centre de cette voie, de
couverture à l’égout. Elles sont en calcaire dur et
leur épaisseur varie de 40 à 45 cm. La dalle centrale, la
seule visible sur toute sa longueur, mesure 2,05 m de long ; le point
central de sa face supérieure se trouve à 202,59 m
d’altitude. D’autres dalles apparaissent partiellement
à l’est et à l’ouest, montrant que la rue
mesurait nettement plus de 3 m de large. L’une de ces dalles,
à l’est, présente sur sa face supérieure une
ornière creusée par le passage des véhicules.
Ensuite, nous avons commencé à vider
attentivement le tronçon d’égout débouchant
dans la cave. Comme il suit le tracé du cardo et se trouve au
sud d’un carrefour d’égouts dont nous parlerons plus
loin, nous l’appellerons désormais « égout
cardinal sud » (abrégé ECS). Il était
comblé sur les quatre cinquièmes de sa hauteur de
sédiments et débris divers. Sa pente conduisait les eaux
du nord vers le sud. Son orientation donnée par la boussole est
de 23° ouest (par rapport au nord magnétique à cette
époque), c'est-à-dire un axe nord-nord-ouest /
sud-sud-est. Il est quasiment perpendiculaire à la paroi nord de
la cave, avec laquelle il forme, du côté ouest, un angle
obtus de 92°.
Les dalles
du radier de cet égout ayant disparu, nous ne pouvons en
indiquer l’altitude exacte, mais nous donnerons plus loin
d’autres mesures utiles. Ses parois en moellons ont aussi
complètement disparu, laissant apparaître le massif de
blocage (pierraille liée au mortier de chaux) contre lequel
étaient plaqués ces moellons.
(Le plafond de l’égout cardinal constitué des dalles de la voie
et, des deux côtés, le massif de blocage des parois de l’égout.)
4. La découverte de plusieurs égouts affluents (plan général)
En avançant dans ECS vers le nord, nous avons
découvert dans sa paroi ouest le débouché
d’un petit égout perpendiculaire situé à
quelques dizaines de centimètres au-dessus du radier (disparu)
de ECS.
(Débouché de l’égout mineur Ouest dans l’égout cardinal.)
Nous supposons qu’il s’agit d’un
égout de maison privée, désigné ici par le
sigle EMO (égout mineur ouest). Il était lui aussi rempli
de sédiment. Nous l’avons vidé grâce à
la collaboration des enfants de J.-L. Charrière qui pouvaient
ramper dans cet étroit canal. Nous avons alors constaté
qu’il était obstrué par un mur à 2,20 m de
son débouché.
Un
peu plus loin, nous avons découvert, dans la paroi est, au
même niveau que EMO, le débouché d’un second
petit égout considéré lui aussi comme privé
et arrivant obliquement depuis le nord-est (EME, égout mineur
est). Il était obstrué par des pierres pour servir de
cachette à un vase, une petite jarre émaillée.
Plein d’espoir, j’ai plongé la main dans le
récipient… vide. Derrière
ce vase, l’égout était bouché par un second
muret que nous n’avons pas
touché.
(Débouché
de l’égout mineur Est, aménagé en
cachette à l’époque moderne.)
Continuant à progresser dans ECS vers le
nord, nous sommes arrivés, au bout de 2,80 mètres
à partir de la cave, à un carrefour d’égouts
(CCD, carrefour cardo/decumanus), où l’égout
cardinal qui arrive du nord (tronçon ECN) reçoit
perpendiculairement deux autres égouts secondaires de bonne
taille qui suivent l’axe des decumanus ; nous les appellerons
donc « égouts décumans » : EDO venant de
l’ouest et EDE venant de l’est. Ils débouchent face
à face dans l’égout cardinal, à 35 cm au
dessus du radier de celui-ci, qui est ici partiellement conservé
et se situe à 200,91 m d’altitude. Ces deux
égouts décumans étaient eux aussi comblés
sur une grande partie de leur hauteur.
Nous
avons dégagé EDO sur 1,60 m de long, mais nous avons vu
qu’il se prolonge encore d’au moins 1 mètre.
(Coupe stratigraphique du comblement dans l’égout décuman Ouest.
Les
dalles du radier sont conservées. On aperçoit à
droite, sur le radier, un moellon subsistant de la paroi.)
Nous avons aussi dégagé EDE sur 2 m de
long, mais il semble se prolonger au-delà. Les dalles de radier
de EDO et EDE sont conservées, sauf la plus occidentale de
EDE.
(Coupe dans le comblement de l’égout décuman Est.
Au premier plan, une dalle du radier a disparu.)
Il reste quelques moellons des parois, surtout dans
EDE où il subsiste, juste là où nous avons
arrêté de creuser, 4 assises du côté nord et
6 assises du côté sud. Il n’y avait pas plus de 6
assises à l’origine, la face supérieure de la plus
haute se trouvant à 5 cm de la face inférieure de la
dalle de couverture.
(Vestiges de la paroi en moellons de l’égout décuman Est.)
Nous avons ensuite commencé à enlever
le comblement de ECN, mais pas complètement, désirant
laisser en place un témoin de ce remplissage (70 cm de haut sur
45 cm de longueur d’égout). Ce tronçon ECN est
assez court (1,40 m) parce que l’égout antique est
obstrué au nord par un mur moderne qui sert apparemment de paroi
à la cave de l’immeuble contigu. Les dalles de radier sont
conservées ainsi que quelques moellons de la première
assise des deux côtés (photo).
(Partie nord de l’égout cardinal.
On voit les dalles du radier, quelques moellons subsistant des parois, la coupe dans le comblement.)
5. La technique de construction des égouts dégagés
Les égouts principaux sont très
abîmés parce que plusieurs dalles de leur radier et
presque tous les moellons de leurs parois ont été
prélevés pour d’autres usages il y a longtemps,
peut-être dès la fin de l’antiquité. Mais ce
qui subsiste permet de reconstituer leur mode de construction.
On a d’abord creusé une tranchée
d’au moins 4 pieds romains de large (1,20 m) et 5 ou 6
pieds de profondeur (1,50 / 1,80 m), qui a atteint un substrat
rougeâtre argilo-sableux. Puis on a aménagé dans le
fond de la tranchée un hérisson de pierres liées
au mortier de chaux.
Sur
cette fondation, ont été posées, au centre,
en guise de radier, des dalles de pierre d’une épaisseur
inférieure à 10 cm, semble-t-il, à surface aplanie
et de formes irrégulières, mais très bien
jointives. Dans le sens de l’axe de l’égout, la
plus grande longueur de dalle
observée est de 75 cm, la plus petite est de 36 cm. Dans ECN, la
jointure est dissimulée par une couche de concrétion. Ces
dalles sont
toujours plus larges (de 5 à 20 cm de chaque côté,
là où nous avons pu
l’observer) que la largeur prévue pour le canal.
(Le carrefour de l’égout cardinal (qui va de gauche à droite) et des égouts décumans.
On voit le hérisson de pierres subsistant là où la dalle du radier a disparu.)
Puis on a bâti les parois de
l’égout, probablement en élevant d'abord le
parement construit en bel appareil de moellons smillés
classiques, de telle sorte que la première assise repose sur la
bordure latérale des dalles du radier. Ce parement a pu ainsi
servir de coffrage pour déverser ensuite le blocage (pierraille
liée au mortier de chaux) contre les parois en terre de la
tranchée.
(L’égout décuman Est en fin de fouille :
on voit la coupe dans le comblement et les vestiges des parois en moellons.)
Et ce sont les grosses dalles de la voie qui ont
recouvert le canal. Mais nous ne savons pas comment était
réalisée l’étanchéité entre le
sommet des parois et la face inférieure de ces dalles. Le seul
endroit où le parement de moellons est conservé sur toute
sa hauteur (EDE) laisse apparaître un espace intermédiaire
vide de 5 cm de haut. Peut-être était-il comblé
d’un mortier qui a disparu.
Les deux égouts mineurs (EMO et EME), bien
conservés, sont construits de la même façon :
radier et couverture en dalles de pierre, parois en moellons
maçonnés.
(Le débouché de l’égout mineur Est après destruction du premier mur de la cachette
et enlèvement de la jarre. On aperçoit le deuxième mur obstruant l’égout.)
La largeur du canal de l’égout cardinal
et des deux égouts décumans entre les parois de moellons
est la même : 57 à 59 cm, soit 2 pieds romains. Nous avons
pu mesurer la pente des radiers seulement pour les égouts
principaux et sur de très courtes distances (environ 1,5 m),
là où ils étaient conservés et où
nous avons pu les dégager. D’après nos mesures,
cette pente est d’à peu près 5 % pour ECN, 2 % pour
EDO et 2,6 % pour EDE. La hauteur du canal de ECN entre les dalles de
radier et les dalles de couverture est d’environ 1,30 m, plus ou
moins quelques centimètres à cause principalement de
l’irrégularité de la face inférieure des
dalles de couverture.
Là où nous avons pu la mesurer, la hauteur du canal des
deux égouts décumans varie entre 80 et 94 cm, toujours en
raison de l’irrégularité de la face
inférieure des dalles de couverture. Toutefois cette hauteur
s’abaisse à 67 ou 69 cm au débouché
d’EDO et à 59 cm au débouché d’EDE ;
en effet, il y a à cet endroit, en travers de chacun des deux
égouts, un linteau de pierre qui reposait à
l’origine sur les parements en moellons (disparus); mais ces deux
linteaux s’enfonçaient aussi à leurs
extrémités dans le massif pierreux des parois qui
continue de les soutenir aujourd'hui.
(Dalles de la voie au carrefour des égouts, et linteau au-dessus de l’égout décuman Est.)
(Dalles de la voie au carrefour des égouts, et linteau au-dessus de l’égout décuman Ouest.)
Ces deux linteaux sont parallèles entre eux
et espacés de 58 cm, c'est-à-dire la largeur du canal de
l’égout cardinal ; ils affleuraient donc les parois en
moellons de cet égout. Chacun supportait encore, au moment de la
fouille, une ou deux assises de moellons entre sa face
supérieure et la face inférieure des dalles de la voie.
La largeur de ces deux linteaux est comprise entre 54 et 58 cm ; celui
de EDO mesure 15 cm d’épaisseur au maximum, celui de EDE
atteint au maximum 27 cm. Nous ignorons leur fonction, car ils semblent
inutiles pour soutenir les dalles de la voie ; peut-être
étaient-ils destinés à « raidir » un
peu l’ensemble.
Nous
avons enlevé quelques pierres du hérisson sous le radier
dans CCD et EDE, dans l’espoir de trouver un indice chronologique
: nous n’y avons trouvé que quelques infimes fragments de
céramique non identifiés.
6. Les dalles de la voie et le regard d'accès à l'égout principal
Aucune des dix-sept dalles de la voie que nous avons
reconnues n’est visible dans toutes ses dimensions. Cependant
leur largeur au moins est visible pour treize d’entre elles, la
largeur et la longueur pour deux, l’épaisseur pour quatre.
(plan des dalles)
Celle qui se trouve à l’aplomb de CCD,
et donc au milieu de la voie, est approximativement
carrée ; elle mesure 75 cm d’est en ouest, 70 cm sur
son côté est et 60 cm sur son côté ouest.
Elle ne repose sur aucun support sous-jacent mais s’appuie comme
un
bouchon, grâce à sa forme en tronc de pyramide
inversée, sur les quatre
dalles voisines. Elle servait très probablement de "trappe"
d'accès à l'égout pour les travaux d'entretien.
(Vue verticale de bas en haut de la dalle fermant le regard au carrefour des égouts.)
Les quatre dalles qui entourent cette dalle-bouchon
ont été taillées en oblique sur leur largeur de
manière à ce que leurs jonctions prolongent les
diagonales dudit « bouchon ».
(Le plafond de l’égout cardinal au carrefour avec les égouts décumans.
Au fond, le mur moderne de la cave voisine obstrue l’égout cardinal.)
Nous avons déjà parlé au §
3 des dalles les plus méridionales. Ajoutons ici que la plus
méridionale de celles qui couvrent ECS mesure 92 cm de large ;
c’est la plus large de toutes les dalles. Pour les autres plus au
nord, nous n’avons pu mesurer que leur largeur. La plus
étroite, au-dessus de EDO, mesure 52 cm de large du
côté nord et 53 cm du côté sud. Nous avons
constaté qu’elles ne sont pas toutes
parallélépipédiques, mais parfois un peu
trapézoïdales. La plus trapézoïdale est sur
EDE, avec 53 cm du côté sud et 60 du côté
nord.
(Autre vue du carrefour d’égouts, prise depuis le nord.)
Au-dessus de EDE, le bord oriental de la dalle la
plus orientale se situe à 2 m du débouché dans
CCD. Plus loin, il n’y a plus de dalle de couverture,
semble-t-il, mais un massif pierreux. La limite de notre fouille de ce
côté ne nous a pas permis de vérifier ce point.
Au-dessus de EDO, le rebord occidental de la dalle la plus occidentale
se situe à environ 2,70 m du débouché dans CCD.
Nous n’avons pas pu voir ce qu’il y avait plus loin.
Deux dalles sont fendues sur toute leur largeur :
celle qui borde la « dalle-bouchon » à l’est,
et celle qui la borde au nord.
7. La stratigraphie
Le comblement de ECS était entièrement
perturbé, sans stratigraphie possible.
Dans EMO, nous avons trouvé en surface une
couche brune (EMO 1) d’environ 5 cm d’épaisseur,
relativement meuble, puis en dessous une couche grise (EMO 2),
argileuse, poisseuse comme de la pâte à modeler,
d’environ 20 cm, et enfin sur le radier, une couche sableuse (EMO
3) d’environ 10 cm. C’est dans cette couche
inférieure que se trouvaient les très rares débris
antiques.
Nous n’avons
pas fouillé dans EME qui était obstrué par un
muret pour faire une cachette.
La partie sud de CCD présentait les
mêmes caractéristiques que ECS. La partie nord peut
être rattachée à ECN.
L’organisation de la stratigraphie est
quasiment la même dans ECN, EDO et EDE, mais avec quelques
variations d’épaisseur :
- en surface, une couche
(n° 1) brune assez meuble, de 10 à 20 cm, contenant du
mobilier moderne (céramique émaillée).
- en
dessous, une couche (n° 2) d’argile grise compacte, contenant
du gravier et diverses inclusions hétérogènes,
mais presque stérile en mobilier ; cette couche atteint au
maximum 20 cm, mais elle est plus mince dans EDE où elle
disparaît vers l’est.
- en dessous, une mince couche
(n° 3) d’argile claire stérile, de 2 à 8 cm,
absente dans ECN, discontinue dans EDE.
- en dessous, une couche
(n° 4) de terre sableuse, contenant beaucoup de petites pierres et
presque tout le mobilier antique ; son épaisseur varie de 20
à 40 cm dans EDO et EDE, et atteint 70 cm dans ECN ; nous la
jugeons immédiatement postérieure à la destruction
du parement de moellons, parce qu’elle recouvre les moellons
restés en place sur le radier.
- enfin, sur le radier, une
couche (n° 5) gris clair, de 4 à 15 cm, gravillonneuse et
dure, qui semble un dépôt intact, non bouleversé
par les interventions anciennes dans les égouts ; elle est
pauvre en mobilier.
(Coupe dans le comblement de la partie nord de l’égout cardinal.)
(Coupe dans le comblement de l’égout décuman Est.)
8. Le mobilier recueilli
L’étude complète et
détaillée du mobilier recueilli n’a pas encore
été faite. Voici cependant un aperçu significatif.
Dans ECS, la majeure partie du mobilier est
post-médiévale ; nous y avons recueilli, par exemple, un
fond de vase en verre polygonal moderne et des tessons de
céramique émaillée variée (plat à
feu, cruche, marmites, jattes, coupe carénée (dont la
panse présente un angle net), couvercle, bougeoir, terraillette
(poterie miniature pour enfant)…). Pour
l’antiquité, nous pouvons signaler quelques rares
débris de tegula (tuile plate romaine), de céramique
commune, un tesson de sigillée claire A, un autre de
sigillée à décor de guillochis. Un morceau de
moulure en marbre n’est pas datable.
Dans EMO 3, nous avons trouvé très peu
de choses : un tesson de sigillée à relief, un de
sigillée orange lisse. Le vase qui se trouvait caché dans
EME est une petite jarre en céramique dont seul
l’intérieur est émaillé (jaune). Elle
possède deux anses verticales de section aplatie, fixées
sur le haut de la panse ; diamètre de l’ouverture : 15 cm
; diamètre du fond (plat) : 12,6 cm ; elle mesure 27 cm de haut,
la panse mesurant 22,4 cm de diamètre maximum ; datation
incertaine (XVIIe – XIXe siècle ?). C’est le seul
objet entier découvert. Elle a été
cédée à J.-P. Couelle.
(La jarre cachée dans l’égout mineur est.)
Voici les catégories d’objets antiques
représentées dans la couche n° 4 de ECN, EDO et EDE,
ainsi que quelques objets isolés :
(photos) - tessons de céramiques communes variées, souvent avec inclusion de grains de dégraissant
- céramiques à pâte claire
- sigillée claire A
-
céramique sigillée rouge à décor, notamment
un tesson montrant un arrière-train d’animal, un autre
avec un décor végétal
- fragment de lampe à huile en pâte jaune et à surface rouge
- céramique d’allure indigène protohistorique modelée
-
céramiques non identifiées : pâte rose à
peinture rouge, pâte très fine à vernis noir
- tessons d’amphore (y compris anses, quignons) et de tegula
- rares éclats de verre et deux grosses tesselles de mosaïque noires
- tige fine en os ou corne
- tige de cuivre
- quelques charbons de bois
9. Interprétation de l’égout cardinal et des deux égouts décumans
D’anciens repérages dans des caves des
rues Adanson et Littéra, puis, à partir de 1977, les
fouilles conduites dans le cloître de Saint-Sauveur par des
archéologues professionnels, laissaient pressentir
l’existence d’un cardo secondaire à cet endroit.
Notre fouille a permis de confirmer clairement son existence.
D’ailleurs, quelques mois plus tard, les mêmes chercheurs
professionnels entreprirent des fouilles dans la nef romane de la
cathédrale Saint-Sauveur, près de la sacristie, là
où se dressait jadis la Sainte-Chapelle, et ils mirent au jour
un autre tronçon de ce même cardo parfaitement
aligné avec le tronçon dont nous avions fouillé
l’égout et comportant un carrefour d’égouts
analogue (plan déjà montré, § 1)
Mais comment interpréter les deux
égouts décumans que nous avons découverts ?
Révéleraient-ils l’existence à cet endroit
d’un decumanus secondaire ignoré ? Cette hypothèse
se heurte à une très sérieuse difficulté,
c’est l’existence, signalée au § 1 ci-dessus,
d’un autre decumanus retrouvé au nord-est, dans la partie
sud de la cour de l’archevêché. En effet, ce dernier
n’est pas du tout dans l’axe de celui dont nous envisageons
l’existence, mais s’en trouve également trop
près pour qu’il y ait entre les deux la place d’un
îlot d’habitation de dimension normale.
D’autre part, à l’ouest du cardo
sous lequel nous avons travaillé, s’étendait la
place publique (forum ?) dont on ignore la limite sud exacte : soit
elle se trouve à la limite sud de la place des Martyrs de la
Résistance, soit un peu plus au sud encore, par exemple au
niveau justement de notre égout décuman ouest. Il se
pourrait alors que cet égout ait servi à évacuer
l’eau de pluie ruisselant sur la partie sud-est de ce forum. Mais
alors, comment interpréter l’égout décuman
est ?
Une autre explication
toute simple est envisageable, valable aussi pour le tronçon
découvert dans la cathédrale Saint-Sauveur : ces deux
égouts d’axe décuman seraient à peine plus
longs que la partie que nous en avons dégagée et ne
serviraient qu’à renvoyer dans l’égout
cardinal les eaux ruisselant sur le cardo et captées par des
bouches d’égout sous les trottoirs. Cela expliquerait la
quasi identité du remplissage de ECN, EDO et EDE.
*